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Monnaie du naufrage du Hollandia (1743, Iles Scilly, GB)

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Ricky1979
Inscrit le : 16-11-2019
Messages : 79
Bonjour à tous,

En cette période très particulière, un peu flottante, de "dé-re-confinement", nombre d'entre nous n'ont pas changé grand chose à leur manière de vivre et de travailler depuis le 11 Mai.
C'est mon cas également, alors je me suis dit que j'allais prendre le temps de partager avec vous une autre histoire de trésor de naufrage, après vous avoir parlé du VOC Rooswijk 1739 https://fr.numista.com/forum/topic94002.html et du HMS Association 1707 https://fr.numista.com/forum/topic93708.html.

Je pensais vous parler de Golfe du Mexique ou de Floride, mais le temps pluvieux de ce week end m'a plutôt incité à rester dans les eaux froides de la Manche...

Voici une autre "Pièce de huit" acquise il y a quelques temps:


Il s'agit encore une fois de la pièce de 8 reales de type «Columnarios» frappée à partir de 1732 à Mexico : https://fr.numista.com/catalogue/pieces15066.html

Sur l'avers, sont représentés les deux mondes, l'ancien et le nouveau, désormais réunis par la Couronne d'Espagne. Ces deux mondes, flottant sur des vagues, sont encadrés par les deux « Colonnes d'Hercule », qui représentaient sous l'Antiquité le détroit de Gibraltar, porte ouverte autrefois sur l'inconnu. Ces colonnes sont drapées par la devise latine de l'Espagne « PLUS ULTRA » (certains pensent que le symbole du dollar ($) proviendrait des colonnes entourées des bannières). L'ensemble est surmonté de la mention « UTRA QUE UNUM »(« Les deux ne font qu'un »). Figure ensuite la marque d'atelier de Mexico, et l'année.
Au revers figure les mentions : « PHILIP V .D.G.HISPAN.ET.IND.REX » (« Par la grâce de Dieu, Roi d'Espagne et des Indes »), « MF » (marque de l'essayeur), 8, et l'Ecu d'Espagne.
Cette monnaie de 8 reales (la fameuse « pièce de huit ») était LA devise du commerce international, en quelque sorte le dollar US de l'époque.

Cet exemplaire est de 1735, c'est une type « flan large » qui pèse 26,10 grammes, et mesure 41 mm de diamètre.
Bien qu'en état relativement correct pour une monnaie d'épave, (peu corrodée), elle a passé tout de même presque deux siècles et demi au fond des océans, car elle provient de l'épave du "VOC Hollandia", qui a sombré en 1743 sur les récifs des Iles Scilly (GB).

Le Hollandia, nouveau navire construit en 1742, par les chantiers de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (VOC : Vereenigde Oost-Indische Compagnie), d'un nouveau type expérimental, jaugeait 700 tonneaux et mesurait 42m.

représentation du Hollandia

Il faut savoir que la VOC est considérée comme la première multinationale privée, mais aussi peut-être la plus puissante entreprise privée n'ayant jamais existé : elle était même plus puissante et plus riche que les Provinces Unies (qui deviendront ensuite les Pays bas). Elle avait sa flotte de navires, sa propre armée, elle pouvait même frapper monnaie ! La VOC a fait la fortune des hollandais aux XVIIè et XVIIIè siècles.

Chantier naval et monnaie de la VOC

Les vaisseaux de la VOC étaient autant des navires de commerce que de guerre, et étaient assez similaires aux vaisseaux de ligne : ainsi, le Hollandia était équipé d'environ 40 canons (on ne connaît pas le nombre précis). Il fallait bien se protéger des pirates (qui, à partir de 1700/1710, étaient très présents dans l'Océan Indien, délaissant peu à peu les Caraïbes), mais aussi des puissances maritimes rivales (Françaises et Anglaises notamment). Au cours de son existence, la VOC a tout de même perdu environ... 250 navires !

En Juin 1743 (ou Juillet, selon le calendrier utilisé), le Hollandia quitte l'Ile de Texel (Pays Bas), pour un long périple d'environ huit mois, à destination de Batavia (actuelle Jakarta, Indonésie), via la Manche, les côtes de l'Afrique, le Cap de Bonne Espérance, puis le Détroit du Mozambique .

Carte des comptoirs de la VOC en 1665, et plan de Batavia

Il est accompagné de deux autres navires de la VOC. Son chargement est impressionnant : une valeur de 129.700 florins, constitué surtout de pièces d'argent des colonies espagnoles, de marchandises diverses, et 276 personnes (marins, militaires, mais aussi quelques personnalités).
10 jours après son départ, alors qu'il sort du Channel, dans le brouillard et la tempête, il se déporte vers les Iles Scilly.

Les Iles Scilly, au sud ouest de la Grande Bretagne

Il finit par heurter le récif de « Gunner Rock », le matin du 13 Juin (ou 13 Juillet selon calendrier utilisé) 1743. Le nom du récif viendrait des coups de canon qui auraient été tirés par l'équipage pour appeler à l'aide, en désespoir de cause.
Il finit par couler par 34m de fond, emportant avec lui les 276 personnes qui étaient à son bord.
Les tentatives de renflouement de l'épave, dont l'emplacement était connu de la VOC, ne donnèrent rien, faute de moyens technologiques suffisants à l'époque.
Le premier signe de l’épave arriva en 1971 : Un passionné de chasse au trésor, Rex Cowan, avait la certitude de pouvoir localiser l'épave, à l'aide de recherches faites à partir d'archives, à la fin de années 60.
En Septembre 1971, des plongeurs sous sa direction ont fini par localiser l'épave, à environ 800m de Gunner Rock, reposant sur le fond.

représentation du Hollandia

Jusqu'à aujourd'hui, c'est environ 40.000 pièces de différentes provenances qui ont été remontées. Mais la grande majorité est constituée par les pièces de 8 reales « columnarios » frappées à partir de 1732 au Mexique. Il y avait également quelques pièces de Mexico et de Potosi de type « cobs » (coupées à la cisaille dans des barres d'argent, et frappées à la main), mais aussi de Guatemala (rares).
Enfin, on trouva nombre de ducatons néerlandais (frappés de 1616 jusqu'à 1742), issus de la pratique habituelle de contrebande (j'en parle dans le post du « Rooswijk »).
Beaucoup de pièces de 8 reales de cette épave ont été montées en pendentif, pour les premières ventes aux enchères, comportant la mention « treasure from Hollandia, sunk 1743, Scilly, sterling silver ».


L'épave du Hollandia est, à ce jour, l'une des plus connues dans le monde de la collection des monnaies d'épaves.

Bon après midi!
imparfait
Inscrit le : 09-07-2018
Messages : 168
Tu devrais peut être envisager d’envoyer tes articles à CGB pour être publier dans le BN, ils sont toujours à la recherché d’articles divers et ceux-là sont intéressants !
Il suffit de leur envoyer un fichier doc avec des images, CGB met le contenu en forme pour l’intégrer au BN.
C’est une façon de divulguer la numismatique et le BN est ouvert à tous en tant que collaborateurs.
Ricky1979
Inscrit le : 16-11-2019
Messages : 79
Citation: "imparfait"​Tu devrais peut être envisager d’envoyer tes articles à CGB pour être publier dans le BN, ils sont toujours à la recherché d’articles divers et ceux-là sont intéressants !
​Il suffit de leur envoyer un fichier doc avec des images, CGB met le contenu en forme pour l’intégrer au BN.
​C’est une façon de divulguer la numismatique et le BN est ouvert à tous en tant que collaborateurs.
​Merci pour ton message. Je vais peut-être le faire, sait-on jamais, peut-être que ça les intéressera, car il y a peu de communication sur ce type de collection en France.
imparfait
Inscrit le : 09-07-2018
Messages : 168
Je pense qu’ils seront intéressés, c’est un article pour tout public et ça change un peu des articles trop spécifiques et le numérique n’étant pas cher !

En fait, CGB utilise en partie le BN pour faire sa publicité chose que je comprends tout à fait, mais rédiger des articles prends du temps et par conséquent cela a un coût que CGB ne peut pas absorber, raison pour laquelle ils sont très intéressés par des articles rédigés par des collectionneurs. Leur rôle consiste alors à "reformater" l’article avec des modifications mineures pour l’inclure dans le BN, sachant que plus il y aura d’articles divers dans le BN, plus il y aura de lecteurs !
Alfgard
Inscrit le : 08-08-2016
Messages : 513
très intéressant! merci.
Ricky1979
Inscrit le : 16-11-2019
Messages : 79
Citation: "Alfgard"​très intéressant! merci.
​avec plaisir 🙂
Spherical
Inscrit le : 24-10-2018
Messages : 645
Très intéressant ! J'avais raté tes deux premiers postes, donc je viens de lire les trois et on ne s'en lasse pas ! Je me pose quelques questions sur ces pièces : comment faire pour ne pas oublier, dans les siècles à venir, qu'elles viennent d'une épave ? Comment le certifier ? Y'a t'il un document qui atteste de leur provenance ?
Et sur l'achat :
Où trouver des monnaies d'épaves comme celles-ci ? Qu'elle est leur valeur par rapport à une pièce identique dans un état similaire mais qui ne viendrait pas d'une épave ?
Ricky1979
Inscrit le : 16-11-2019
Messages : 79
Citation: "Spherical"​Très intéressant ! J'avais raté tes deux premiers postes, donc je viens de lire les trois et on ne s'en lasse pas ! Je me pose quelques questions sur ces pièces : comment faire pour ne pas oublier, dans les siècles à venir, qu'elles viennent d'une épave ? Comment le certifier ? Y'a t'il un document qui atteste de leur provenance ?
​Et sur l'achat :
​Où trouver des monnaies d'épaves comme celles-ci ? Qu'elle est leur valeur par rapport à une pièce identique dans un état similaire mais qui ne viendrait pas d'une épave ?

​Salut!

Tes questions sont très intéressantes, je vais essayer d'y répondre avec précision.

Pour ce qui est de se souvenir de la provenance, lorsque tu acquiers ce type de monnaies, il y a toujours avec le certificat d’authenticité (souvent dénommé "COA").
Chaque épave a donné lieu à l'émission de ses propres COA, il faut donc au préalable savoir à quoi il doit ressembler, et s'assurer qu'il est aussi authentique. Le COA comporte toujours un descriptif de l'artefact qui l'accompagne: pour une pièce, ce sera en général la valeur, le métal, le poids (après son séjour dans l'eau), et quant c'est possible, la dénomination (KM#), l'atelier, l'essayeur, le souverain, l'année (sinon, la période).
Bien souvent, il comporte aussi une photo de la pièce.
Les COA sont établis à l'origine du sauvetage, par les équipes qui ont procédé aux excavations. Il s'agit d'entreprises privées le plus souvent, qui ont négocié au préalable avec l’État souverain (sur le territoire duquel se trouve l'épave) les conditions du partage à venir: En général, les plus belles/plus rares artefacts partent dans des musées, et le reste est partagé entre l’État et la société privée.
Ces excavations coûtent très cher, et les États n'ont souvent pas de budget à allouer à ces recherches, c'est donc un équilibre assez juste entre "respect de l'archéologie" et "profit" qui a été trouvé, et qui permet de ne pas laisser se perdre tous ces témoignages de l'Histoire. C'est un très vaste sujet qui comporte beaucoup de nuances (notamment concernant la France) qu'on pourra évoquer plus amplement si nécessaire.

Donc, il faut autant prendre soin du COA que de la pièce elle même, car il est garant de sa valeur. Ainsi, la même pièce, achetée chez Daniel Franck Sedwick (par exemple) avec son COA, vaudra au moins deux fois plus cher que si vous l'achetez chez Dupond Numismatique sans COA.

Le COA est aussi relié à la qualité du vendeur: c'est ce qui contribue à la valeur de l'objet. C'est un micro marché, où il y a peu d'acteurs, et où la provenance de l'achat est primordiale. La traçabilité est souvent possible également, car il est fréquent qu'une pièce ait fait l'objet de plusieurs ventes aux enchères depuis qu'elle a été sortie du fond des océans.

Pour trouver ce type de pièces, c'est en général par ventes aux enchères. Les plus connues étant les enchères de Sedwick, en Floride. Ce sont les spécialistes des "Colonial cobs" et des "Shipwreck coins". Mais on trouve aussi quelques enchères en Angleterre. Et on trouve quelques commerçants (pas nombreux) très sérieux qui vendent régulièrement ce type de pièces, notamment aux Etats Unis, en Angleterre, et aux Pays Bas, voire en Allemagne et en Espagne.
A l'origine de leur nouvelle vie "à terre", ces pièces font toujours l'objet d'une vente aux enchères après leur excavation.
Autre moyen, moins conventionnel, d'acquérir ces pièces, est d'être en contact avec un ou plusieurs (souvent anciens) plongeurs ayant participé aux fouilles. Ils connaissent presque tout là dessus, et ont beaucoup d'infos et de réseau pour trouver ce que l'on cherche. Bien souvent, ils ont accumulé des tonnes d'artefacts au cours de leur carrière, et sont à un âge où parfois ils cherchent à vider un peu leur maison.

Pour ce qui est de la valeur de ces pièces, c'est très variable, mais les critères sont assez différents de ceux que l'on rencontre habituellement en numismatique: le premier critère est la provenance de la pièce: si l'épave est "mytique" ou qu'elle a été peu "productive", la valeur s'envole: c'est le cas de tout ce qui provient par exemple des naufrages du "Atocha", du "Santa Margarita", du séisme de "Port Royal", de la "Santiago"ou du "Whydah Gally", par exemple.
Des pièces en excellent état provenant de ce type d'épave valent beaucoup plus que la même pièce en état équivalent, n'ayant pas de pedigree particulier (elles s'adjugent en général au triple de la valeur).
Mais des provenances plus courantes ("El Cazador", ou "l'Admiral Gardner" par exemple) font beaucoup moins varier la valeur, et dans ce cas, l'état de la pièce devient primordial.
Les critères d'état de la pièce sont aussi assez particuliers: les pièces d'or ne sont que très peu altérées, mais les pièces d'argent sont sensibles à la corrosion. Si l'épave se trouve dans des eaux chaudes, à faible profondeur (caraïbes, océan indien), elles vont subir beaucoup plus les affres de la corrosion car l'eau est plus riche en oxygène. De même, les concrétions seront plus importantes... mais parfois, une pièce vaudra plus cher parce que justement, elle a conservé ses concrétions. Par exemple les "clumps", ces amas de pièces soudées entre elles par le corail et l'oxydation peuvent valoir beaucoup plus cher que le même nombre de pièces identiques ayant subi une violente électrolyse....
Toute cette question est très relative, car certaines monnaies d'épaves, pourtant moins courantes, sont néanmoins peu recherchées (par exemple le "Chameau", le "Campen", "l'Auguste", le "Reigersdaal" ou celles provenant des "Spicy Islands"...).
C'est très subjectif :)

J'espère que ce n'est pas trop indigeste :O
ALM
Inscrit le : 10-09-2009
Messages : 39454
Bonjour

merci du partage de ces infos fort intéressantes !

Pour ma part, je vais parler du SRI LANKA :

1) Il y a une vingtaine d'années, lors d'un voyage au Sri Lanka, à Galle des enfants vendaient aux touristes des monnaies de la VOC qu'ils avaient trouvées dans une épave...

2) Dans l'émission PAWN STARS, une personne avait ramené au magasin un amas de monnaies du Sri Lanka provenant également d'une épave (un clump, comme dit plus haut) et j'en ai déjà parlé dans un autre topic sur NUMISTA (je vais essayer de retrouver le lien) ...
en fait venir sur un site de numismatique pour demander si on peut fondre des monnaies c'est comme débarquer dans une boutique vegan et commander un steack haché !
Ricky1979
Inscrit le : 16-11-2019
Messages : 79
En effet, j'ai vu cet episode de Pawn Stars, où il est question d'un boût du tresor du Taj Mahal (1702 je crois). Un enorme "Clump" de roupies du Grand Mogol des Indes !
ALM
Inscrit le : 10-09-2009
Messages : 39454
Citation: "Ricky1979"​En effet, j'ai vu cet episode de Pawn Stars, où il est question d'un boût du tresor du Taj Mahal (1702 je crois). Un enorme "Clump" de roupies du Grand Mogol des Indes !
​voilà le topic sur NUMISTA

https://fr.numista.com/forum/topic47335.html
en fait venir sur un site de numismatique pour demander si on peut fondre des monnaies c'est comme débarquer dans une boutique vegan et commander un steack haché !

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