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Comment identifier votre monnaie romaine "Constantienne".

NumisdocEncyclopédie numismatique

Écrit le 24 mai 2014 • Commentaires (0)

Nous avons devant nous un lot de petites pièces en cuivre représentant un bonhomme avec un serre tête.
Que sont ces monnaies ?

Les monnaies "constantiniennes"

Les monnaies dites "constantiniennes" ont été frappées de la réforme de Dioclétien en 294 jusqu'à la fin de l'Empire.

Ce sont les petites monnaies en « cuivre » avec un portrait diadémé le plus souvent.
Leurs appellations varient selon les auteurs, car les spécialistes en numismatique et historiens ne sont pas parvenus à suivre leurs noms tant les dévaluations, réévaluations et changements de monnaies ont été nombreux et fréquents durant cette période.

Les dénominations

Nous pourrons ainsi trouver des Folli, Maiorina, Centenionalis et leurs ¼, ½ etc. Le plus souvent dans les fiches Numista, nous verrons le terme "nummus". C'est une appellation d'origine qui signifie simplement "piécette", comme on le dit pour la menue monnaie, sans distinction de la valeur de chaque piécette (1 cent, 2 cent, 5 cent sont toutes des piécettes).

Poids et diamètres

La taille (diamètre) et le poids sont souvent utilisés pour déterminer ou s'assurer de la référence RIC.
En effet un même type de monnaie, avec les mêmes gravures et légendes, a pu être frappé mais avec, entre temps, une dévaluation de poids et de diamètre.
Imaginons une pièce de 2 cent, que brutalement on frapperait plus petite et donc plus légère, mais qui vaudrait toujours 2 cent.
Le métal épargné est un bénéfice net pour l'Empereur. Nous connaissons cela avec les 1Fr Morlon alu, "lourdes" ou "légères".
Nous avons donc noté le poids et le diamètre (16 mm, 1,82 grs).
Elle est là, devant nous.
Cliquez su la photo pour l'agrandir dans une nouvelle fenêtre.

Identification

Il faut d'abord savoir que pour cette période, la classification se fait par atelier et non par Empereur. Donc inutile de découvrir immédiatement qui l'a frappée. C'est néanmoins essentiel.

Avers

Mettons notre piécette côté "portrait" et examinons le.
Prenons un crayon et du papier et notons (cela nous évitera de fastidieux aller-retour pour vérifier les « codes » des titulatures, types de bustes, légendes et gravures).
C'est soit une tête, soit un buste (on y voit les épaules et une partie de la poitrine).
  • Les têtes sont en général sans habit mais parfois (rarement) avec un petit bout de toge sur l'épaule (la gauche en principe).
  • Les bustes sont eux habillés de diverses manières : drapé (en toge avec anneau ou fibule) ou cuirassé (on voit des formes plus géométriques qu'un drapé) avec les fameuses ptériges (bandes de cuir pendantes d'une tunique) en haut des manches. Souvent, le buste est à la fois cuirassé et drapé, c'est le cas sur notre monnaie. Il y a aussi les casqués, avec sceptre et bien sûr vers la droite ou vers la gauche.
Il y a même parfois une lettre dans un champ : nous la noterons si c'est le cas.

Ensuite le "serre tête" : c'est un diadème, qui a remplacé la couronne radiée. Il peut être fait de laurier, de perles, simple ou double, avec rosette, ou avec joyaux. Notons le aussi (lauriers avec une fleur sur le front).

Attaquons la légende ou plutôt la titulature puisque cela reprend les titres impériaux. Sur notre pièce, nous lisons "CONSTANS" et de l'autre côté "PF AVG". Notons la titulature telle qu'elle est écrite, une césure dans un mot peut changer la référence de notre monnaie ou nous aider à l'identifier. Chaque titulature à son "code" qui, allié au code du type de buste, nous permet d'identifier une référence.
Récapitulons : "CONSTANS PF AVG", buste : lauré avec rosette, drapé et cuir, vers la droite

Nous découvrirons les codes lorsque nous aurons tout noté de notre monnaie.

Revers

Le "droit" étant bien identifiable, passons au revers. Ça tombe bien, derrière il y a deux tennismen avec leur raquette (donc atelier de Roland Garros). Ce sont deux Victoires qui se font face et qui tendent une couronne. La légende n'est plus trop lisible, on distingue en partie droite la fin : AVGGQNN.
Nous trouverons sans doute une explication plus tard, notons le.
Notons aussi qu'il n'y a rien de particulier dans les champs : pas de signe ou de lettre, juste le point de centrage sous les couronnes.
Passons donc à l'exergue. Il y a une suite de lettres. La première n'est pas très lisible, mais ensuite nous lisons bien MTS puis comme une sorte de G. En prenant la loupe, nous voyons mieux la première. C'est un S. Nous avons donc SMTSG. Cela ne nous avance pas : c'est où la ville de SMTSG ????
Mais nous avons vu sur Numisdoc un truc pas mal, c'est la liste des abréviations des ateliers romains  : Les ateliers monétaires romains. Nous y voyons que SM veut dire Sacra Moneta (donc Monnaie Sacrée) puis que TS correspond à l'atelier de Thessalonique. La dernière lettre sera donc le signe distinctif de l'officine (une officine est en fait un atelier – usine qui fait partie de l'atelier-ville) puisque dans une ville il pouvait y avoir jusqu'à 15 "ateliers-usines". Nous avons aussi eu ça sur les Morlon avec le B ou le C de Beaumont ou Castelsarrazin ou plus anciennement les lettres des ateliers français en province. S'il y avait eu 2 ateliers dans Beaumont, nous aurions eu Ba et Bb ou Ca et Cb à Castelsarrazin.
Récapitulons donc le revers : deux victoires, une légende finissant par AVGGQNN et SMTSG à l'exergue.
Rien en champs D ou G.

Recherche sur Numista

D'abord une petite recherche dans Numista : recherche avancée, nous sélectionnons "rome(antique)" et dans "Description" : deux Victoires.
C'est parti !
Nous trouvons très vite la bonne légende : VICTORIAE DD AVGG Q NN. En plus il y a CONSTANT. Donc nous la sélectionnons et c'est la bonne sauf qu'il n'y a pas de G dans les possibilités mais A, B, Γ, Δ ou ε. Nous reprenons la loupe. Plus de doute ce n'est pas un G mais un E arrondi, comme le € mais avec une seule barre centrale, un e grec ou epsilon.
La fiche nous dit c'est un RIC 100. Bien sûr, nous avons confiance mais.... vérifions dans le RIC.

Recherche dans le RIC

Trouver le bon volume

Nous allons là : Ouvrages numismatiques téléchargeables - Rome, parce qu' il y a tout sur Numista et cliquons sur... flûte, quel volume choisir ? Bon, un peu de recherche sur le net et nous y trouverons quand CONSTANS régnait. Plus tard, nous pourrons créer un fichier avec les Empereurs de chaque tome, les pages où trouver les titulatures et légendes, les pages des ateliers etc...
Peut-être qu'un membre l'a déjà fait...
Mais bon en attendant, allons voir dans le RIC. Re-flûte, Constant a été César de 333 à 337 puis Auguste de 337 à 361 donc il est dans deux tomes, le 7 et le 8. Mais comme sur notre monnaie il est AVG donc Auguste c'est forcément le tome 8. Allons y. Tome 8, Sommaire, atelier de Thessalonique (évidemment tout est en anglais mais avec un traducteur tout s'arrange!)
Allons au numéro 100 (page 411)
et là, surprise, nous lisons : 100 | Cn2,, | ,, | L | L | L | L | L | L.860 ,G.5-6
Qu'est ce que ça signifie ?
En début de page nous trouvons les années de frappe 347-348, et un poids et taille qui correspondent à notre monnaie.
En remontant page 407, nous trouvons une liste de titulatures :
Nous y trouvons la nôtre : CONSTANT PF AVG avec le code Cn2, le même que la référence 100. D'ailleurs, toutes les titulatures du tome sont répertoriées en début page XXXV.

Référencement

Les virgules.... ça doit correspondre à ce qui est au dessus : D5 c'est à dire la description du buste.
Où trouver les codes ?
En fin de tome, après les planches de photos, nous les trouvons. Imprimons-les, ça nous évitera de chercher la prochaine fois.
D5 c'est drapé et cuirassé avec un diadème de laurier et une rosette. C'est ce que nous avions noté.
La suite de la ligne, encore deux virgules, donc comme au dessus SMTSA. Nous comprenons que c'est l'exergue mais toujours avec la première officine A. Donc les colonnes qui suivent désignent 5 officines (A, B, Γ, Δ ou ε) qui ont frappé ce type de monnaie et les L désignent l'endroit où au moins un exemplaire est visible ou décrit (donc "connus" - en allant dans « abréviations au dessus du tome , le L correspond à la publication « Late roman bronze coinage »).
Donc c'est bien un RIC 100, tout est vérifié, nous pouvons le référencer avec certitude.

Indice de rareté

Comme nous sommes curieux, nous remarquons en dessous de la liste, que les n° 99 à 101 sont « C2 » et de 102 à 106 « S ».
Avec un peu d'habitude, nous saurons que C veut dire "Commun" et que plus le chiffre est grand, plus il est commun (un C3 est extrèmement commun), que le S signifie "scarse" (pas fréquent, environ 50 exemplaires connus) et que R signifie "Rare" plus le chiffre est grand, plus il est rare (un "R5" est unique, du moins connu et répertorié à un seul exemplaire).
Mais ce ne sont que des approximations basées sur un type (ainsi notre exemplaire a été frappé dans une officine "E" qui frappait, en principe, des monnaies de CONSTANCE II.
En feuilletant, et avec de la pratique, nous nous rendrons compte de la complexité de ce monnayage.

Nous verrons qu'une identification porte parfois sur plus de 10 signes disséminés dans la gravure (champs et dessins) en plus des légendes et buste, et qu'une même référence peut avoir plusieurs dizaines de combinaisons de signes et lettres qui peuvent être multipliées si plusieurs types de buste existent.
Bien sûr, les Tomes du RIC se présentent un peu différemment selon l'atelier ou le tome mais l'esprit reste le même. Et si nous persistons dans les « romaines », il deviendra vite notre Bible.

La prochaine fois que nous verrons une romaine, regardons si tout est lisible à l'exergue, sinon c'est une rondelle que jamais nous ne pourrons référencer.

Rédigé le 17 mai 2014 par tetricus79