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Les unions monétaires

NumisdocEncyclopédie numismatique

Écrit le 6 février 2019
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Avec l'introduction de la monnaie unique européenne, l'Union Européenne est devenue omniprésente dans l'esprit des dirigeants politiques. Pourtant, il ne s'agit pourtant pas d'une idée nouvelle. En Grèce, on retrouve des traces d'alliances monétaires jusqu'au Vème siècle avant notre ère.

Les unions monétaires ont revêtu des formes diverses et des états ont alors pu coordonner leurs émissions en produisant des pièces de module, de poids et d'alliage uniformes pour différentes raisons :
  • politique, pour afficher un lien avec d'autres états;
  • économique, pour coordonner des émissions monétaires avec une valeur intrinsèque inférieure à la valeur monétaire lors de pénurie de métal fin;
  • commerciale, pour faciliter les échanges commerciaux avec des états voisins.

Certains types monétaires communs permettent alors, bien que frappés par différentes entités, de rattacher ces émissions à un système monétaire commun.

Se rassembler


Souvent, le lien qui unissait les monnaies procédait d'accords commerciaux. Le fait d'avoir des monnaies interchangeables rendait le commerce international plus facile. Ces alliances basées sur le commerce recevaient parfois un statut formel, comme dans l'accord de 1469 signé par l'Angleterre et la Bourgogne, qui stipulait que leur monnaie pouvait être en usage dans les 2 pays. Dans certains cas, des monnaies populaires, telles que le besant, le florin ou le thaler, étaient si largement utilisées par les marchands que certains souverains étrangers furent contraints de les accepter et d'ajuster leur propre monnaie à des normes semblables.
Les premières unions monétaires virent le jour au Vème siècle avant J-C entre des cités-états grecques, telle Corinthe, qui avait fondé des colonies sur tout le pourtour de la Méditerranée. Ces monnaies coloniales portaient outre le symbole de Corinthe - Pégase, le cheval ailé -, le nom de cités telles que Corcyre ou Syracuse. D'autres unions furent scellées entre des cités indépendantes mais unies par des alliances politiques. Dans la Grèce antique, de petites cités se regroupèrent pour résister à des cités émettrices de monnaies puissantes, comme Athènes, et à leurs ambitions dominatrices.



La puissance de Rome


Rome fut à l'origine d'une des unions monétaires les plus étendues et les plus durables. Dés le Ier siècle de notre ère les pièces romaines circulaient autour de la Méditerranée, et le système monétaire se développait au fur et à mesure que l'empire romain s'étendait.
Mais cela ne signifie pas pour autant que les pièces étaient identiques. Ainsi, certaines d'entre elles portaient des indications au sujet de l'atelier qui les avait fabriquées. Il semble qu'elles circulaient principalement dans les provinces ou elles étaient produites, même si de nombreux exemplaires d'une région ont parfois étaient retrouvés dans une autre partie de l'empire, ce qui peut notamment s'expliquer par les campagnes de l'armée romaine.
Après l'effondrement de l'empire romain, en 476, l'empire d'Orient survécut à Byzance, et le solidus d'or qui y était produit demeura, jusqu'au XIIIème siècle, la principale monnaie d'or circulant en Europe.

Charlemagne


En Occident, les divers royaumes barbares qui furent constitués après la chute de Rome adoptèrent pour la plupart un monnayage de style romain et fabriquèrent souvent des solidi d'or au nom de l'empereur byzantin régnant.
Même après l'émergence de pièces frappées au nom des souverains plus nationaux, les monnaies de ces pays, encore influencées par le solidus d'or ou le denier d'argent, reprenaient, en grande partie, les types monétaires des modèles romains. Le même scénario se reproduisit lorsque Charlemagne(768-814)fonda l'empire qui devait couvrir la plus grande partie de l'Europe de l'Ouest. Il mit en oeuvre une réforme qui uniformisait le système monétaire, chaque monnaie portant le nom de l'atelier dont elle était issue. Une fois l'empire disloqué en 840, à la mort de Louis le Pieux (fils de Charlemagne), certains seigneurs locaux continuèrent de faire frapper des pièces semblables afin de profiter de la réputation qui leur était attachée.



Unions non officielles


Pendant les mille ans qui suivirent l'effondrement de l'empire carolingien, on ne vit nulle trace d'union monétaire d'une telle envergure. Mais il y en eut une multitude de plus modestes. Certaines furent officielles, comme l'atteste la série de traités signés aux XIVème et XVème siècles par les souverains rhénans. Ces derniers émirent des pièces de même taille et de même qualité, et portant les mêmes empreintes. Parallèlement, des accords furent conclus entre les cités commerçantes de la Hanse. Dans les deux cas, cependant, les conventions étaient peu durables et devaient être constamment renouvelées ou révisées.



Le nombre des unions non officielles est très élevé. Popularisées par les échanges commerciaux, des monnaies telles que le florin de Venise ou le dollar espagnol d'argent étaient acceptées dans différents pays, même lorsqu'elles n'avaient pas cours légal. À mesure que le commerce international se développait et que la révolution industrielle du XIXème siècle se profilait à l'horizon, les unions monétaires à grande échelle réapparurent. On pressentait q'un numéraire d'or et d'argent produit selon les mêmes critères faciliterait les échanges. En 1863, la France, l'Italie, la Belgique, la Suisse et la Grèce fabriquèrent des monnaies qui obéissaient à une norme commune, celle de l'Union latine, et qui se distinguaient l'une de l'autre par leur seule dénomination. Par la suite, l'Espagne, la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie ajustèrent leur monnaie respective pour rejoindre cet organisme.

Les unions monétaires ne mettent en revanche pas à l'abri de petites tricheries entre états émetteurs. Ainsi, la Grèce fut par exemple "exclue" de l'Union latine en 1908 (avant d'être réintégrée en 1910) pour avoir produit des monnaies en or avec une plus faible teneur en métal fin que les autres membres de l'Union.

Union Européenne


Une convention semblable fut signée en 1873 par le Danemark et la Suède, à laquelle la Norvège adhéra en 1875. Ces deux unions furent des succès, tout en restant alignées sur l'étalon-or international. Au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, l'étalon-or fut abandonné et, avec lui, les unions monétaires. Depuis lors, chaque monnaie européenne a suivi son propre chemin.
Le traité de Rome, signé en 1957, jeta alors les bases d'une monnaie unique européenne. Les préparatifs de cette nouvelle monnaie ont duré plus longtemps que la plupart des anciennes unions monétaires, à l'exception notable du système romain, instauré par des conquêtes et non par des accords...