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Monnaies des Tudor et des Stuart

NumisdocEncyclopédie numismatique

Écrit le 1er mars 2012 • Commentaires (0)

En 1485, à la bataille de Bosworth, Henri Tudor vainquit Richard III et s'empara du trône sous le nom d'Henri VII. Lui et ses descendants régentèrent l'Angleterre, le pays de Galles, ainsi que certaines parties de la France durant cent dix-huit ans. Au cours de cette période, le monnayage anglais fut complètement remanié. Henri VII introduisit deux nouvelles monnaies : le teston d'argent (1504), valant 1 shilling, la première monnaie anglaise à porter un portrait réaliste du roi, et le souverain d'or, valant 1 livre à sa première émission, en 1489, une pièce de prestige frappée dans le but de montrer au monde les richesses et la puissance royales.


Groat d'argent d'Henri VII et portrait d'Henri VIII avec le souverain d'or


Henri VIII

Henri VIII, roi d'Angleterre (1509-1547) et fils d'Henri VII, inaugura la Réforme en Angleterre après que le pape lui eut refusé de divorcer d'avec sa femme qui ne lui donnait pas d'héritier mâle. L'acte de Suprématie de 1534 fit de lui le chef de l'Église d'Angleterre, et il ferma les monastères et les ateliers monétaires ecclésiastiques. Henri VIII introduisit la couronne d'or, d'une valeur de 5 shillings, mais il utilisa le monnayage principalement comme instrument de profit. À l'époque, une inflation rampante sévissait en Europe et, pour consolider le Trésor, Henri VIII affaiblit sa monnaie à la fin de son règne, à partir de 1540. Les pièces d'argent de bonne qualité cessèrent de circuler. Les successeurs d'Henri VIII s'efforcèrent de restaurer l'ancien étalon monétaire. Son fils, Édouard VI, monta sur le trône en 1547, à l'âge de neuf ans, et mourut de la tuberculose en 1553. Les ducs qui assurèrent la régence introduisirent deux nouvelles valeurs, de 3 et de 6 pence, et remplacèrent les testons. Les monnaies d'Henri VIII, déjà affaiblies, furent dévaluées de 50%, devenant des monnaies d'appoint. Marie Tudor, fille d'Henri VIII et de sa première épouse, Catherine d'Aragon, gouverna de 1553 à 1558 et fut remplacée par sa demi-soeur, Élisabeth, fille d'Henri VIII et de sa seconde épouse, Anne Boleyn. Élisabeth Ire régna entre 1558 et 1603, période où l'Angleterre acquit une puissance économique, maritime et militaire prépondérante. En 1560, Élisabeth Ire retira de la circulation toutes les pièces d'argent dévaluées et restaura les normes antérieures. Elle fit frapper des pièces de vingt valeurs différentes - plus que n'en émit jamais aucun souverain anglais - en argent et en or massif, ainsi que la nouvelle couronne d'or, de 22 carats. Ses monnaies portaient la marque de plus de trente ateliers différents. Élisabeth Ier était représentée sur son numéraire habillée d'une robe ornée de broderies et de dentelles.

Le revers du souverain d'or
des Tudor porte les armes
royales au centre d'une rose Tudor,
associant les emblèmes des maisons
de York et de Lancastre, qui luttèrent
pour le trône pendant trente ans.


Nouvelles technologies

La Monnaie royale de Tower Hill, à Londres, employait, en 1560, un monnayeur français du nom d'Éloi Mestrell. Celui-ci expérimenta des balanciers à vis manœuvrés par un carrousel de chevaux, et les pièces élisabéthaines de 6 pence furent les premières monnaies anglaises à être produites en grande quantité grâce à ce procédé. Le farthing d'argent, la plus petite valeur, jugé inutile, fut retiré de la circulation, mais le besoin de monnaies d'appoint demeura. Élisabeth Ire considérait comme indigne d'elle l'émission de pièces en métal de faible valeur, mais quelques négociants locaux ignorèrent la loi et fabriquèrent leur propres jetons de plomb. Elisabeth Ire mourut en 1603, et la lignée des Tudor s'éteignit avec elle. Son successeur, Jacques VI d'Écosse, fonda la dynastie des Stuart en Angleterre sous le nom de Jacques Ier. Lorsque le Parlement mit en question son droit de dépenser à sa guise, Jacques Ier décida de le dissoudre pour gouverner seul. Les armes royales de ses monnaies portaient les emblèmes d'Angleterre, de France, d'Écosse et d'Irlande afin de montrer ses tendances unificatrices, et le titre de « roi de Grande-Bretagne » apparut pour la première fois. La pièce de 1 livre fut rebaptisée unité. L'émission illégale de jetons fut arrêtée, et un farthing de cuivre fut mis en circulation afin de satisfaire les besoins en petite monnaie.


Tension croissante

Charles Ier, fils de Jacques Ier, monta sur le trône en 1625, convaincu lui aussi d'être un souverain de droit divin. Des événements vinrent aggraver la tension qui régnait alors : son mariage avec une princesse catholique, Henriette de France, puis sa collaboration avec Laud, archevêque de Canterbury, en vue de supprimer les puritains, membres d'une secte protestante rigoriste. Cette crise culmina en 1642, quand des membres du Parlement brandirent la menace d'un soulèvement armé. Charles Ier s'enfuit de Londres, et ce fut le début de la guerre civile, qui dura jusqu'en 1646. Charles Ier rouvrit plusieurs ateliers monétaires locaux cependant que le Parlement émettait des pièces depuis la Monnaie de la tour de Londres, qui portaient encore l'effigie du roi. Celui-ci fut capturé et emprisonné, et son héritier, Charles II, se réfugia en France. À la suite d'un procès de quatre jours, Charles Ier fut exécuté en 1649. La monarchie fut abolie et une république (le commonwealth) instaurée sous la direction du chef des parlementaires Olivier Cromwell, qui mourut en 1658. Charles II revint en Angleterre pour monter sur le trône en 1660. Sous son règne, en 1662, le balancier à vis redevint la technique de frappe la plus répandue. Une nouvelle monnaie de 1 livre fut mise en circulation sous le nom de guinée, d'après l'origine africaine de l'or. Des pièces de cuivre officielles furent produites en 1672. Le frère de Charles II succéda à ce dernier en 1685, sous le nom de Jacques II. Catholique dévot qui favorisait politiquement ses coreligionnaires, Jacques II fut déposé en 1688 lorsque les protestants appelèrent Guillaume d'Orange, son gendre, hollandais et protestant, à partager la couronne avec Marie II Stuart et à assurer une succession protestante stable.