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Origine du nom des monnaies

NumisdocEncyclopédie numismatique

Écrit le 29 février 2012 • Dernière modification : 30 mai 2015 • Commentaires (0)

Rechercher l'origine du nom des monnaies est une activité des plus amusantes. Parfois le nom vient directement de l'apparence de la monnaie telle que sa taille, sa forme, son poids, son métal ou son aspect.
D'autres monnaies, comme le mark, la livre (pound) ou le dollar, ont été nommées d'après la valeur qu'elles représentaient. De nombreuses désignations viennent du latin et du grec, montrant ainsi leur étroite relation avec l'Antiquité.

Des noms imagés : du grain à la roue de chariot


La taille et la forme sont des caractéristiques marquantes d'une monnaie, et c'est pourquoi les noms d'origine descriptive sont de loin les plus nombreux. On appelait grano (grain) l'une des pièces de monnaie les plus petites jamais frappées, un minuscule morceau de cuivre utilisé autrefois en Italie. Dans le même esprit, on nomma grosso (gros) une grande pièce de monnaie italienne, qui devint par la suite le gros en France.
Une grande pièce de 2 pence, introduite en Angleterre au XVIIIe siècle, fut appelée « penny-roue de chariot », alors que la pièce en or de 50 dollars, datant de la ruée vers l'or de 1849 en Californie, fut surnommée slug (boule).
Le poids est un facteur qui joue un rôle important dans la désignation des monnaies. Il ne s'agit pas du poids effectif de la monnaie, mais de celui du lingot d'argent ou d'or que la monnaie représente. Ainsi le mot israélien « shekel » et le peso sud-américain signifient-ils tous les deux « poids », alors que la monnaie espagnole, la peseta, a le sens de « petit poids ». La livre sterling (pound) tire son nom du latin pondus (poids), tout comme le pfennig allemand. L'ancienne livre française et la lire italienne proviennent du mot latin libra, ancienne unité de poids divisée en douze unciae (onces).

Le mark : du poids à la monnaie

Le mark allemand était une mesure de poids depuis le IXe siècle. Le mark d'or était divisé en vingt-quatre carats, le mark d'argent en huit onces. Charles Quint unifia les standards de poids dans son empire et promulgua la première constitution de la monnaie impériale en 1524. Il fixa le mark de Cologne, d'un poids de 234 g, comme mesure étalon pour toutes les monnaies allemandes d'or et d'argent. C'est ainsi que de poids, le mark devint une monnaie. L'association de monnayage wende, dont faisaient partie les villes de la Hanse Hambourg et Lübeck, ainsi que la ville impériale d'Aix-la-Chapelle, frappèrent désormais leur monnaie sous le nom de mark. En 1871, Bismarck déclara le mark monnaie unique, ce qu'il est resté jusqu'à ce jour. Autrefois, une pièce de monnaie représentait davantage qu'un moyen d'échange symbolique. Réalisé en métal précieux, or ou argent, sa valeur matérielle était importante. Le mot hollandais « guilder » (gulden) ainsi que le zloty polonais signifiaient à l'origine « or » ou « en or », alors que quelques anciennes pièces françaises en argent étaient appelées « blancs », pour les distinguer des pièces plus sombres, fabriquées en métaux non précieux. Plus on mit de pièces sur le marché, plus on les fabriqua dans des alliages de peu de valeur. La pièce américaine de 5 cents est appelée nickel car elle est composé d'un quart de nickel pour trois quarts de cuivre. Les Britanniques, eux, nomment copper (cuivre) les pièces de faible valeur, fabriquées en métaux non précieux.

L'effigie du souverain : pouvoir et garantie

De nombreuses pièces portent le portrait d'un monarque ou d'un souverain du pays. Celui-ci démontre ainsi sa puissance tout en se portant garant de la valeur de la monnaie, que celle-ci ait été frappée à l'époque romaine (comme l'antoninien d'argent, de l'empereur Marcus Aurelius Antoninus Bassianus, dit Caracalla), ou à l'époque des colonies, au Canada (comme la pièce de 5 dollars nommée George en hommage au roi George III d'Angleterre couronné en 1760).

Symboles royaux : le lion et la couronne

De nombreuses monnaies possèdent une origine royale, comme le real espagnol ou le rial utilisé dans divers pays du Proche-Orient. Le sovereign (souverain) anglais, utilisé du XVIe au XIXe siècle, appartient également à cette catégorie. Si l'avers d'une pièce porte l'effigie du monarque, le revers est généralement orné d'un symbole de la royauté. Le leeuw hollandais tient son nom du lion, roi des animaux et symbole de la maison royale. On le trouve encore en Bulgarie sous le nom de « lev » et, en Roumanie, de « leu ». Un autre symbole royal répandu est la couronne. En France, la « couronne d'or » de Philippe VI de Valois est l'une des plus belles pièces de la série gothique et une des plus chères ! En Grande-Bretagne, on appelait crown (couronne) une pièce de 5 shillings, en Suède, on emploie la krona, au Danemark et en Norvège, la krone et en Islande la krôna. Au XIXe siècle, la couronne était également répandue en Allemagne et en Autriche (krone). En Autriche, c'était une pièce d'or d'une valeur de 100 heller (deniers), en Allemagne, une pièce d'argent de 10 marks. La mention figurant à l'époque moderne sur une pièce est sa valeur. La plupart des systèmes monétaires sont divisés en diverses unités : 1, 2, 5, 10, 20, 25, 50, 100 et 1000. Ces nombres servent souvent à désigner les pièces, comme par exemple pour le quarter (quart) américain, qui a une valeur de 25 cents, soit le quart d'un dollar.

Valeurs : des centièmes aux millièmes

Du latin centum (cent) proviennent les noms de cent, centime, centavo, centesimo et centimo. Ces unités correspondent à la centième partie d'une valeur décimale. L'unité monétaire égyptienne millième et le millim soudanais sont issus quant à eux du mot latin mille. Autrefois, il existait beaucoup plus de pièces représentant un millième de l'unité monétaire. Toutefois,dans les pays souffrant constamment d'une inflation galopante, des pièces de si faible valeur n'ont que peu d'intérêt. Le nom de maintes pièces est également inspiré par leur type. Le florin tire son nom du lis (fiorino) qui ornait la pièce d'or frappée à Florence au XIIIe siècle, le lis étant l'emblème de la cité. Le kopeck (lance) russe provient de l'illustration de la première pièce d'argent (XVIe siècle), qui représentait le tsar à cheval tenant une lance. Deux monnaies célèbres doivent leur nom à l'inscription latine qu'elles portaient. La première pièce d'or frappée à Venise, en 1284, est connue sous le nom de « ducat ». Elle porte une inscription latine qui est aussi la devise de la ville : « Sit tibi Christus date, quem tu regis iste ducatus » (« Que le Christ bénisse le duché que tu gouvernes »). Le franc doit son nom à une pièce frappée en 1360 pour payer la rançon de Jean le Bon, fait prisonnier par les Anglais à Poitiers en 1356. L'emploi du terme « franc » est expliqué par l'ordonnance de 1360, où il est déclaré : « Maintenant que nous sommes francs et libérés à toujours...». Le franc à cheval devenait ainsi le symbole de la liberté retrouvée du roi. Ces monnaies, très esthétiques, sont parmi les plus belles représentations du roi chevalier.

Une longue route : de Joachimsthal aux États-Unis

La monnaie la plus connue dans le monde doit son nom à une région de Bohême, Joachimsthal. À la fin du Moyen-Âge, quand l'or commença à manquer, on découvrit d'immenses gisements d'argent dans la région de Joachimsthal. Les comtes de Schlick frappèrent monnaie avec ce minerai. Ces florins d'argent de Joachimsthal, comme on appelait alors les grosses pièces d'argent, prirent bientôt le nom de joachimsthaler, bientôt abrégé en thaler. Les thalers existèrent jusqu'en 1872, date à laquelle ils furent remplacés par le mark. Le nom fut adopté en Italie (taflera), en Hollande (daalder) et aux États-Unis : le dollar est, depuis 1792, l'unité monétaire principale de ce pays.

L'argent des vertues bouddhiques

En Annam, la région centrale du Vietnam, des pièces d'argent, mises en circulation entre 1841 et 1847, furent dénommées selon les dix vertus enseignées par les moines dans les temples bouddhiques. Ces pièces, d'une valeur de 1 à 9 tiens, et la pièce de 1 lang, soit 10 tiens, s'appelaient : viet tu (bonté), viet hein (gratitude), viet lang (amabilité), viet de (respect), viet ngai (justice), viet thinh (obéissance), viet hue (miséricorde), viet thuan (humilité), viet nhan (humanité) et viet tu (foi). Certaines monnaies romaines portent aussi des vertus impériales à leur revers.



Simon Bolivar

Au Venezuela comme en Bolivie, le nom de la monnaie a été inspiré par Simon Bolivar (1783-1830). Général et homme d'État d'origine basque, doté d'une personnalité hors du commun, Bolivar est un personnage important de l'histoire sud-américaine. Il joua un rôle primordial dans la révolution vénézuélienne en 1810-1811 et s'engagea énergiquement dans le combat politique et militaire contre la domination coloniale espagnole. Après sa victoire, en 1819, il fut élu président de la Grande-Colombie, dont faisaient partie la Nouvelle-Grenade (son pays d'origine), le Venezuela et l'Équateur. Le lieutenant de Bolivar, de Sucre, libéra le Haut-Pérou en 1824 et proclama son indépendance. Il nomma ce nouvel État « Bolivie », en hommage à Bolivar, qui en assuma également la présidence. Toutefois, la tentative de Bolivar pour unir les États latins de l'Amérique du Sud en une confédération régie par des institutions stables n'aboutit jamais, et il démissionna à Bogotá en mai 1830. Il meurt en exil en décembre de la même année, en déclarant: « J'ai labouré la mer. » Triste constat d'échec!